Tournons définitivement la page du régionalisme

Il y a des événements qui, par leur importance symbolique, appellent une prise de position claire et une analyse des maux qui affligent la Bretagne. Dans un communiqué qui ne manquait pas de pertinence, un « Collectif breton pour la démocratie » annonçait hier que la réforme du Conseil Culturel de Bretagne équivaut à sa mise sous tutelle définitive par l’Etat français. Je ne peux manquer de voir dans cette triste évolution un aboutissement, un symptôme supplémentaire de l’impasse dans laquelle nous a conduit un siècle et demi de régionalisme politique. C’est parce que trop de Bretons “éclairés” ont accepté de sacrifier nos intérêts communs à ceux de l’Etat français que nous en sommes arrivés là.

Tirer les leçons de cet échec est particulièrement important car nous vivons une période extraordinaire de renouveau de la conscience bretonne. Cette renaissance est perceptible au sein de notre peuple, qu’il s’agisse de l’engagement pour la transmission de notre langue, de sa culture, ou du simple désir de beaucoup de Bretons de se voir “réunifiés” dans un seul ensemble administratif. Ne nous voilons pas la face. Les Bretons qui s’affirment au point de défiler au son des cornemuses sur les Champs Elysées font peur au personnel politique et administratif de la république française. Cette inquiétude, perceptible, conduit logiquement à des efforts renouvelés de la part de l’Etat français, ses partis et son administration pour « canaliser » les expressions bretonnes. Je ne suis pas surpris de constater que depuis quelques années les nouvelles formations régionalistes poussent comme des champignons, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite du spectre politique. Les entrepreneurs politiques fraichement débarqués en Bretagne trouveront toujours quelques Bretons naïfs prêts à concilier l’inconciliable pour arrondir les angles, sans même parler des indécrottables bécassines que Paris saura toujours flatter à peu de frais. Pire, on trouvera toujours des Bretons prêts à se prostituer dans l’espoir d’un poste ou d’un peu d’argent. Ce phénomène nous n’y pouvons pas grand-chose, il est le lot commun des peuples colonisés. En revanche ce qui nous incombe, c’est de refuser d’entrer dans la danse. C’est précisément là que se situe le clivage fondamental entre le régionalisme et la lutte pour l’émancipation de la Bretagne.

Le renouvellement du parlement Européen en juin 2009 constitue le prochain moment fort d’une suite innombrable d’escroqueries politiques qui remontent à la perte de notre indépendance nationale. Compte-tenu du découpage électoral de l’hexagone en 7 circonscriptions, les Bretons ne voteront pas pour défendre leurs intérêts. Ils seront tout juste invités à noyer leurs voix dans une vaste circonscription “Grand Ouest” dont ils ne comptent que pour la moitié de la population. A mon grand regret, je suis à peu près le seul en Bretagne, voire en hexagone, à avoir abordé cette question du découpage électoral. Dans la droite ligne de leur esprit de coopération, j’ai envie de dire, de collaboration, les régionalistes ont accepté cette donne sans piper. Ils ont pris acte et se sont transformés définitivement et sans ambiguïté en relais bretons des courants d’opinions français. N’était-ce pas déjà le cas ? Pas exactement. Il y a encore peu, les régionalistes étaient prêts à s’allier aux partis français. Désormais ils figurent directement sur leurs listes. C’est plus commode et moins couteux. Dans le contexte des élections européennes les régionalistes feront donc les figurants sur des petites listes françaises au gré de leurs affinités respectives. Que ces listes s’appellent “Europe Ecologie” ou qu’on cherche à noyer le poisson en nous présentant ces listes comme « bretonnes » ne change rien au fond de l’affaire: les têtes de liste viendront souvent de Paris, les thèmes ne seront pas bretons et les “militants” seront des alibis relégués en fin de liste sur instruction des Etats-majors. Ceux qui auront le moins de pudeur continueront de marteler qu’ils sont malgré tout les “défenseurs des intérêts Bretons”. Mais qui pourrait sérieusement croire ces supplétifs?

L’utilité politique actuelle du régionalisme est donc réduite à sa plus simple expression: permettre à des courants politiques largement minoritaires en Hexagone d’exister “dans l’Ouest”. Aujourd’hui les élections européennes illustrent cette dérive de manière flagrante. Demain le phénomène s’étendra aux élections régionales, voire cantonales. Voilà le solde peu glorieux d’un siècle et demi de régionalisme politique. Qu’il se présente extérieurement comme « autonomiste », « identitaire », voire « nationaliste », le critère qui définit le régionalisme est finalement toujours le même. Il décline cette idée cartésienne d’une « identité » à trois étages: Breton, Français, Européen. On disait autrefois pour exprimer la même chose : petite patrie et grande patrie. Cette vision qui fait l’impasse sur les enjeux et les intérêts réels perd de vue l’essentiel: en politique on ne peut faire abstraction de l’Histoire ou des rapports de force. L’Etat français, contrairement à la Bretagne ou à l’Europe n’est pas une réalité humaine ou une communauté de civilisation: il est un projet parti de rien et qui se voudrait tout. L’action séculaire de l’Etat français tend à l’unification d’un ensemble disparate. Les Bretons sont un peuple distinct qui fut indépendant pendant près de mille ans. Pour les rendre davantage « français » il faut les rendre un peu moins « bretons ». Aussi, l’action politique bretonne ne peut que partir de la reconnaissance de cette réalité, la même depuis cinq cent ans, celle qui nous ronge: la Bretagne est sous tutelle de l’Etat français qui ne sera pleinement satisfait que lorsque l’assimilation du peuple breton sera totale. Au regard de cette situation objective mon engagement indépendantiste n’est pas seulement l’expression d’un engagement personnel que d’aucuns qualifieraient de romantique. Il serait ridicule d’y chercher la marque d’un supposé « extrémisme », « sectarisme », « manque d’ouverture » ou que sais-je encore. Cet indépendantisme indispensable est simplement le reflet d’une nécessité vitale face aux réalités politiques de la Bretagne. Le combat politique pour l’indépendance est la seule voie possible pour défendre les intérêts bretons.

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  • fab

    demat,
    tres beau discourt,il est certain que nous avons besoin d’un reel discourt de realisme de la part de breton patriote.
    trugarez,
    kenavo

  • gwezenn

    Clair et limpide.

  • Brenn

    Mat tre, a-unan.

    (Entièrement d’accord ! Rien à redire)

    Bevet Breizh … ha bevet ADSAV !

  • Theo

    Texte criant de vérité, et c’est bien ça qui est triste.

    Les régionalistes sacrifient et vendent la Bretagne, et ils refusent de l’admettre, mais le bilan estlà (langue bretonne en voix de disparition malgré les promesses des alliés des régionalistes, réunification contrée par ces mêmes alliés des régionalistes, pouvoir économique décisionnel breton nul, tout comme tous les autres pouvoir décisionnels bretons qui sont nuls…).

    Bravo les régionalistes, vous avez vendu la Bretagne et n’avez obtenu que des miettes en échange…

  • ewidarvro

    Bravo !

  • Meriadeg

    Voilà une mise au point claire et nette, un discours politique breton, qui ne va certainement pas faire plaisir à tous ceux qui bradent la Bretagne et son peuple…
    L’histoire jugera tous ceux qui ont trahi leur patrie !