Poésie bretonne

chapelle bretonne

LA MEDITATION DANS LA CHAPELLE.

Pourquoi vais-je si souvent à la chapelle ? Elle se trouve certes à quelques deux cents mètres de chez moi et les fermiers qui en tiennent la clé sont mes amis. Mais pourquoi ?

Elle est là, assise dans son lit d’orties, veuve et presque abandonnée, nostalgique des grands pardons de naguère.

Notre-Dame-de-Korreguer serais-tu devenue Notre-Dame-de-Nulle-Part ?

Je vais, je pousse la porte. La fiente des oiseaux nocturnes a souillé le sol et les bancs. Sur l’autel, un Christ bleu magnifiquement humain semble se résigner au silence. Et s’il attend quelqu’un ce ne peut être que le dernier vagabond, le dernier barde, l’oiseau transi.

Etrange : les larrons et les antiquaires semblent avoir respecté les Saints et les Saintes de bois polychrome. Pour combien de temps ? Je reste là, je m’asseye. « Qui suis-je, où vais-je ? Est-ce que je viens ici quérir la mémoire des cultes et des croyances passés ? Est-ce une escale sur les grands chemins du rêve et de la réflexion ? Ne demeure pas, la route est longue… » m’a écrit l’un de mes amis illustres. Et comme malgré moi des morceaux de prières jaillissent sur mes lèvres.

Notre-Dame-de-Korreguer, Notre-Dame-de-Partout ?

Combien sont-elles ainsi, ces veuves de pierre dans le recourbement des vallées bretonnes, combien sont-elles ainsi fidèles et entêtées dans l’abandonnement des herbes et des ronces ? Et dans le clocheton moussu de vents et de pluies combien de fois par an, le bronze de la cloche vient-il rappeler à l’homme qu’il y a plus que l’homme, qu’il y a des mondes et des mondes ailleurs plus loin, que l’Esprit règle la ronde des jours et les soleils de la terre ?

Chapelles, ouvrez-vous. Femmes saintes et architecturales, laissez vos portes battre au souffle des temps nouveaux. Ah, quand donc écrirai-je cette messe pour les vivants et les morts qui me hantent ? Quel musicien viendra la créer avec ses harpes, bombardes et guitares ? Recteurs, laissez les poètes animer les voûtes pourrissantes, les nefs qui verdissent. Rythmes et hymnes, élevez-vous ! Nous ne sommes pas gens de mécréance même si nous ne pratiquons plus. Que s’effacent les institutions devant l’impatience des âmes.

Notre-Dame-de-Korreguer, Notre-Dame-du-Grand Hiver ?

Que l’âpre amour de la vie vienne ici s’exprimer. Que les danses populaires scandent sur les dalles la vieille alliance de la terre et du ciel.

La culture est un mot nouveau. Et pauvre. La culture c’est ce qui reste quand Dieu s’est exilé. La culture c’est la chapelle morte pour l’édification solitaire du touriste ridicule. Le musée, le muséum folklorique. Mais c’est de la vie que nous avons soif. La vie toute, la vie totale : la joie, le plaisir, l’amour et l’émergence de l’esprit dans la musique et la chanson. Nous ne sommes pas des « culturels ». Nous sommes des vivants, des civilisés.

Notre-Dame-de-Korreguer, mère paysanne et divine, nous te préférons aux hautaines cathédrales de Chartres et de Reims. Tu es si vide que nous entendons battre notre cœur entre tes murs désertés. Oui, un jour nous remplirons ton espace du bruit de notre temps… Notre temps fervent, chantant, espérant…

Xavier GRALL.

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