Défense de cracher par terre et de porter des noms bretons?

Pour une personne pudique, il n’est jamais très agréable d’attirer l’attention sur son cas personnel. Parfois la valeur générale de la leçon mérite néanmoins qu’on s’y attarde. Je fus un peu surpris de recevoir hier un message de la part de l’administrateur de l’ABP en réponse à mon intervention intitulée « Tournons définitivement la page du régionalisme » et qui disait:

“merci de vos contributions l’ABP et à la cause bretonne. Par contre la ligne éditoriale http://www.agencebretagnepresse.com/notes.php spécifiant explicitement l’interdiction des pseudonymes, des noms de plume et des de noms bretonnisés, j’ai du rectifier votre profil déclaré de frederig ar bouder vers Frederic Bouder.”

Précisons au passage que le prénom inscrit sur le certificat de naissance délivré par les autorités françaises est “Frédéric” et non “Frederic”. Je mets aussi des majuscules à Frederig et Bouder. Mais peu importe. Après demande d’éclaircissement, la raison de ce soudain revirement serait la peur du gendarme, ou au moins une forme d’extrême précaution:

“Le fait que je sorte justement d’une affaire en diffamation (…) ne fait que confirmer que j’ai raison dêtre extremement pointilleux sur l’etat civil véritable des contributeurs. Il est en particulier difficile à contrôler sur les commentaires, qui peuvent être écrits par n’importe qui et dont le contenu peut etre n’importe quoi.”

Frederic Bouder risquerait-il de se dissimuler derrière Frederig ar Bouder pour attaquer? Mais quelle drôle d’idée. Et merci pour la confiance ! Mais laissons ces peurs infondées et posons la question qui finalement importe: pourquoi (re-)bretonniser son nom? C’est évident: pour affirmer sa bretonnité. Puisqu’on parle de « cause bretonne », ma cause à moi c’est l’indépendance au sein de la Celtie et de l’Europe aux cent drapeaux. Au même titre que la réappropriation de la langue de mes grands-parents cet acte n’est pas anodin. Hep brezhoneg Breizh ebet! De Morvan (Maurice) Marchal en passant par Olier (Olivier) Mordrel(le) ou Yann-Vari (Jean-Marie) Perrot nombreux sont les Bretons sincères qui ont fait ce choix, dieu merci sans agence pour les rappeler à l’ordre. Je ne suis pas en mauvaise compagnie. A charge pour moi de me montrer digne de ces grands ancêtres, ce que je m’efforce de faire à ma petite échelle. Le peuple breton se définit d’abord par son existence charnelle et, peuple sans papiers, ne continue d’exister que par l’affirmation consciente de sa personnalité: on ne naît pas Breton, on le devient disait Morvan (Maurice) Lebesque. Ce qui figure sur les bouts de papiers délivrés par l’état-civil français – et repris ensuite par les « officiels » de France et d’ailleurs- est finalement bien peu. Le simple produit d’une situation anormale et, j’espère, transitoire. Un jour l’Etat breton reconnaitra nos noms, mais pour le moment nous devons bien nous contenter de « noms d’usage ». Qu’importe ! Ce qui compte c’est de souligner dès que possible la différence qui existe entre nationalité réelle et citoyenneté formelle. Notre nom est un moyen parmi d’autres. Cette affirmation distingue précisément l’indépendantiste breton du régionaliste déférent.

Quelle suite donner? Pour moi, pas grand-chose j’ai d’autres combats plus urgents à mener. Intervenir sur des sujets qui touchent à la Bretagne en abandonnant mon nom breton n’aurait aucun sens. C’est donc bien volontiers que je passe la main à notre vice –président et porte-parole, Ronan Le Gall. Par chance, son nom breton est également son nom d’Etat civil français. La charte de l’ABP sera donc respectée. Pour l’ABP, le problème risque d’être plus épineux. Son administrateur compte-t-il faire la chasse aux noms bretons? Ce serait l’application logique de cette règle kafkaïenne. A moins qu’elle ne soit qu’une mesure discriminatoire ou vexatoire à l’encontre de ma seule personne, mais cela je n’ose même pas l’imaginer.

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