Pierre Schoendoerffer est mort / Pierre Schoendoerffer a zo aet da anaon

Pierre Schœndœrffer, romancier, réalisateur, scénariste et documentariste français est mort ce mercredi matin à l’âge de 83 ans.

Il fut le témoin direct et privilégié de l’agonie de l’Empire colonial français et du sacrifice inutile de nombreuses vies au nom du profit d’une minorité de spéculateur et de lâches imbus de leur prérogatives de ploutocrate. Si certains en arriveront à faire un parallèle avec la situation actuelle en france et en Europe il n’y a rien de plus normal.

Dans son oeuvre, Pierre Schœndœrffer met à l’honneur le soldat Breton soit par réminiscence de personnages réels ( Pierre Guillaume dans le Le Crabe-tambour roman et film homonyme) soit par la création de personnages romancés mais inspirés de son vécu direct de la guerre. Les Bretons reviennent  de façon récurrente que ce soit en défenseur désabusés mais emplis d’honneur (Le capitaine Jegu de Kerveguen qui se porte volontaire et saute sur la cuvette de Diên Biên Phu alors qu’il n’y a plus d’espoir de victoire, Jakez ou Maître Valouin dans le film l’Honneur d’un Capitaine, 1982…) ou humble spectateur anonyme de la fin inéluctable du rêve de la grandeur française ( Les deux frères Bretons qui jouent du biniou pendant chaque accalmie des hostilités dans la cuvette, Diên Biên Phu 1992).

Si l’oeuvre de Pierre Schœndœrffer traite des guerres coloniales françaises, il ne tombe jamais dans le piège facile de l’apologie de cette période mais s’intéresse plutôt à rendre hommage aux nombreux héros tragiques ou romantiques connus et anonymes comme Pierre Guillaume qui refuse de perdre la guerre et s’engage tout d’abord en Algérie pour remplacer son frère décédé puis dans les rang de l’O.A.S non pas au profit de l’idée coloniale mais au profit de la parole donnée, des sacrifices consentis et de l’honneur du guerrier. Alors que la décolonisation aurait put se faire en bonne intelligence (« J’aime la France, pas forcément les Français, il faut pas trop en demander » M. Vinh, imprimeur nationaliste, Diên Biên Phu 1992 ), la france a préférée la confrontation brut et l’échec patent dans le sang, politique qu’elle continue de mener aujourd’hui mais de façon plus pernicieuse avec les colonies de métropole comme Breizh.
Les Bretons de Pierre Schœndœrffer tout en étant des guerriers sont aussi de grands rêveurs et des humanistes qui ne peuvent se résigner à voir les sacrifices des soldats servant l’Empire français, qu’ils soient blancs ou indigènes, être inutiles. En plus de cela ses personnages pensent aussi au bien être des populations ayant choisis la france et étant sur le point d’être abandonnées à leur sort par cette même france comme ce fut le cas des Indochinois et plus tard des Harkis en Algérie. Ces même populations face à tant de qualité humaine répondent par la gratitude en poussant ces hommes à sauver leur vies, c’est le fameux « Di vê mau lên » ( « Skampit kuit! »; « Partir vite ! »).

La dénonciation des profiteurs du colonialisme est permanente chez Pierre Schœndœrffer. Le contraste est saisissant entre d’un côté les soldats de l’Empire, Bretons idéalistes en tête qui vivent sincèrement leur combat vain sans être pour autant être des victimes que l’on mène à l’abattoir (« Il est assez plaisant pour un capitaine breton, d’humeur aventureuse, d’être tout à la fois au service d’un empereur, de deux rois et accessoirement, d’une république », capitaine Jegu de Kerveguen), et de l’autre côté les spéculateurs et élites politiques françaises et étrangères qui font de l’argent sur le sacrifice de ces jeunes matérialisé par le personnage sans scrupule du parieur chinois (« Quand tout sera fini, je vous dirai combien de millions ont été joués, et vous me direz combien de vies ont été perdues, ça sera intéressant de comparer »; « Voyez vous, Monsieur Simpson, peut-être Giap gagnera, peut-être les Français gagneront, mais moi, sûr, je gagnerai beaucoup »; Ong Cop, le Chinois).

Il n’existe pas encore de cinéma national Breton et il devient pressant de combler ce vide pour rendre hommage à notre Histoire glorieuse falsifiée, mais aussi éduqué nos jeunes Bretons. Nous devons nous contenter bien souvent de la création du voisin français de qualité très variable quant à la vision du Breton et de Breizh. La qualité de la vision de Breizh et des Bretoned tient souvent au petit bonheur la chance: soit du grand n’importe quoi vision de carte postale empreint de colonialisme/paternalisme condescendant comme dans Un long dimanche de fiançailles; Soit la vision plutôt sympathique mais exagérée du brave Breton « sioux » comme dans le Capitaine Conan.

Pierre Schœndœrffer reste pour l’instant celui qui aura le mieux sut saisir l’âme du guerrier Breton, tout en essayant d’expliquer le destin de ces nombreux volontaires ou appelés des sales guerres françaises coincés entre l’amour de leur petite patrie Breizh, l’attachement à la france coloniale qu’ils ont servis loyalement et bien plus que nécessaire et bien sûr leur sentiment légitime de dégoût face à la trahison des élites françaises et l’opprobre d’une partie de la population Bretonne communistes en tête.

Pour conclure cet article laissons la parole au capitaine de Kervéguen qui résume bien l’âme et la motivation du vrai Breton qui lutte chaque jour et sur tous les terrains de la vie « pour la gloire et la bagarre » et qui ne peut perdre un combat sans un baroud d’honneur! Des hommes libres, debout et maîtres de leur destin hier, aujourd’hui comme demain:

«Tous ces gars-là vont être gaspillés. Du pain pour les canards. Et ils le savent tous. Tous ! Et pourtant ils sont volontaires pour se faire gaspiller une dernière fois! »
« An holl baotred ‘se a vo digalzet. Evel bara roet d’an houidi. En gouzout a reont holl. Holl! Nag evit-se emaint a volontez vat evit bezañ digalzet ur wech diwezhañ! »

L’Homme qui aimait la mer et, bien qu’Alsacien vrai Breton de coeur (vivant au domaine familial de Combrit), n’est plus. Ra vezo skañv an douar evitañ.

Pour aller plus loin avec l’oeuvre de Schoendoerffer: blog guerres et conflits

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  • Lenner

    Mat eo!
    Article interessant, je vais me pencher un peu plus sur l’oeuvre de cet homme que je ne connait que trop peu à ma grande honte…
    Enfin mieux vaux tard que jamais comme dit le dicton!
    Encore un ami de la Bretagne qui nous quitte, c’est dommage.
    Bevet Breizh!