Quel avenir pour la pêche bretonne?

Demain la Commission européenne rendra public son dernier Livre vert sur la pêche. On s’attend à de nouvelles réductions massive d’emplois dans ce secteur. Face à cette situation aucune vision n’est proposée pour combiner le maintien des emplois avec le respect des ressources. La France, Etat continental par excellence, est-elle en mesure de proposer un avenir pour la pêche bretonne?

Livre vert sur la pêche : une mise en œuvre bretonne s’impose

La Commission européenne vient de rendre public son Livre vert sur la pêche. Ce rapport souligne avec justesse la catastrophe écologique directement issue de la surproduction, tout en restant plutôt timide sur la nécessaire remise en cause de ce modèle économique destructeur. Si ces vœux pieux ne sont relayés d’aucun plan ambitieux en Bretagne, Adsav, le parti du peuple breton, s’attend malheureusement à un maintien des tendances actuelles avec pour corolaire de nouvelles réductions d’emplois dans ce secteur. La mise en œuvre des orientations européennes par la France ne permettra pas de combiner le maintien des emplois et le respect de la ressource. Adsav a souvent dénoncé, avec vigueur, l’impact de l’industrialisation sur l’appauvrissement des stocks halieutiques. Le modèle de concentration industrielle reposant sur des usines flottantes qui détruisent l’océan et emploient une main d’œuvre importée est néfaste. Dans le cadre actuel, l’Etat français ne donne aucun signe d’une volonté de prendre le problème à bras le corps. Avant de trouver des solutions il faut être conscient des problèmes et désirer les résoudre. Or, les modes de décision qui prédominent actuellement – qu’il s’agisse de l’opportunisme électoral ou de l’indigence de l’État français dans le domaine du contrôle des TAC et quotas – ne permettront pas de relever ces défis. De plus, les structures professionnelles devraient faire l’objet d’une profonde réforme afin de gagner en représentativité et en efficacité. Cette évolution, qui ne semble pas au menu, permettrait pourtant une réduction des coûts pour les professionnels.

En 2004 Adsav avait proposé un plan de mesures dans son programme de gouvernement. La plupart d’entre-elles sont plus que jamais d’actualité. Elles passent par la mise en place d’une vraie politique de la mer, moins de gigantisme et davantage de respect de l’environnement, l’extension des eaux territoriales, des garde-côtes nationaux bretons, chargés, entre autres missions, de faire appliquer la règlementation des pêches. Enfin, Adsav propose une aide aux petites structures côtières aux méthodes de pêche moins « agressives » et qui acceptent une gestion durable de la ressource. Pour relever le défi de la pêche, pour que ces métiers puissent encore exister dans les vingt prochaines années, la Bretagne a besoin d’une vision de long terme “stratégique” dans l’intérêt du secteur et du pays. Il est temps de mettre la pêche au centre des préoccupations, au lieu d’en faire un sujet “marginal”. La France, État continental par excellence, est-elle en mesure de proposer un avenir pour la pêche bretonne? Bien sûr que non ! N’est-il pas temps de nous prendre en main ? Bien sûr que si !

Erwan Josset
Artisan-pêcheur et responsable pêche pour Adsav (PPB)

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  • Pierre Guillemot

    Initiative intéressante à Erquy (voir le lien ci-dessous). Un Etat Breton indépendant, ambitieux par goût et par nécessité dans le secteur maritime, permettrait de donner l’impulsion et les moyens aux professionnels, de s’équiper à grande échelle de ce genre de prototype du navire de pêche de demain : non polluant, économe et performant. Une petite révolution dans les esprits s’impose et il est urgent d’engager aujourd’hui une politique dans ce sens.
    http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Peche-propre-et-econome-un-marin-d-Erquy-va-equiper-son-bateau-de-voiles_-925701_actu.Htm

  • Webmaster

    Livre vert sur la pêche : une mise en œuvre bretonne s’impose

    La Commission européenne vient de rendre public son Livre vert sur la pêche. Ce rapport souligne avec justesse la catastrophe écologique directement issue de la surproduction, tout en restant plutôt timide sur la nécessaire remise en cause de ce modèle économique destructeur. Si ces vœux pieux ne sont relayés d’aucun plan ambitieux en Bretagne, Adsav, le parti du peuple breton, s’attend malheureusement à un maintien des tendances actuelles avec pour corolaire de nouvelles réductions d’emplois dans ce secteur. La mise en œuvre des orientations européennes par la France ne permettra pas de combiner le maintien des emplois et le respect de la ressource. Adsav a souvent dénoncé, avec vigueur, l’impact de l’industrialisation sur l’appauvrissement des stocks halieutiques. Le modèle de concentration industrielle reposant sur des usines flottantes qui détruisent l’océan et emploient une main d’œuvre importée est néfaste. Dans le cadre actuel, l’Etat français ne donne aucun signe d’une volonté de prendre le problème à bras le corps

    Avant de trouver des solutions il faut être conscient des problèmes et désirer les résoudre. Or, les modes de décision qui prédominent actuellement – qu’il s’agisse de l’opportunisme électoral ou de l’indigence de l’État français dans le domaine du contrôle des TAC et quotas – ne permettront pas de relever ces défis. De plus, les structures professionnelles devraient faire l’objet d’une profonde réforme afin de gagner en représentativité et en efficacité. Cette évolution, qui ne semble pas au menu, permettrait pourtant une réduction des coûts pour les professionnels.

    En 2004 Adsav avait proposé un plan de mesures dans son programme de gouvernement. La plupart d’entre-elles sont plus que jamais d’actualité. Elles passent par la mise en place d’une vraie politique de la mer, moins de gigantisme et davantage de respect de l’environnement, l’extension des eaux territoriales, des garde-côtes nationaux bretons, chargés, entre autres missions, de faire appliquer la règlementation des pêches. Enfin, Adsav propose une aide aux petites structures côtières aux méthodes de pêche moins « agressives » et qui acceptent une gestion durable de la ressource. Pour relever le défi de la pêche, pour que ces métiers puissent encore exister dans les vingt prochaines années, la Bretagne a besoin d’une vision de long terme « stratégique » dans l’intérêt du secteur et du pays. Il est temps de mettre la pêche au centre des préoccupations, au lieu d’en faire un sujet « marginal ». La France, État continental par excellence, est-elle en mesure de proposer un avenir pour la pêche bretonne? Bien sûr que non ! N’est-il pas temps de nous prendre en main ? Bien sûr que si !

    Erwan Josset
    Artisan-pêcheur et responsable pêche pour Adsav (PPB)

  • Comme Gwezenn et Frederig Ar Bouder je suis convaincu que la pêche industrielle est une absurdité et que la nature commence d’ailleurs à nous faire payer au prix fort ce genre d’aberration.
    Ne pas s’engager dès a présent dans une gestion durable de la ressource serait déraisonnable. Je crois que, hélas, nous n’en sommes plus aujourd’hui à espérer créer des emplois dans les métiers de la pêche. Nous devons avoir des ambitions plus modestes : permettre aux petites entreprises de pêche de continuer à vivre de leur activité et préparer l’avenir de ces métiers en prenant des mesures drastiques de préservation des espèces. Tout cela est déjà, pour une bonne part, et sous l’impulsion conjointe des professionnels et de la commission de Bruxelles dans des textes règlementaires, reste à faire appliquer ces règlementations et, malheureusement, l’Etat français fait un peu office de lanterne rouge en la matière. Le douloureux dilemme qui s’offre à nous est le suivant : accepter de perdre des emplois dans le secteur aujourd’hui et assurer une base solide en reconstituant les stocks de demain et en offrant de fait un métier à nos enfants ou continuer sans compter vers le dépeçage de nos richesses halieutiques en léguant un vaste désert océanique à nos descendants. La politique c’est aussi le courage de prendre les décisions vitales y compris lorsque celles-ci peuvent susciter un peu d’impopularité, plutôt que la léthargie habituelle que nous sert l’Etat français.

  • Fred

    Avant de trouver des solutions il faut être conscient des problèmes et désirer les résoudre. Les pêcheurs ont-ils créé leur propre perte ? Je ne poserais pas la question ainsi car dans le système actuel ils n’ont pas forcément tous les éléments en main, ni n’ont été assez informés des enjeux. Et c’est au pouvoir politique d’un pays de donner la direction au lieu de se défosser sur Bruxelles d’une part et les professionels de l’autre. Tous semble bien opaque. Les modes de décision, le fonctionnement des comités sont également contestables. Comme gwezenn le souligne rien n’a été prévu ni anticipé.

    Je me souviens, en Islande, avoir discuté avec des pêcheurs et des officiels du ministère compétent. Cela remonte un peu (2003). Mon impression était que les uns et les autres étaient bien mieux équipés « mentalement » pour faire face. En plus de la competence professionnelle- qui existe aussi en Bretagne- il y avait une vision de long terme « stratégique » pour le pays. Il doit comme partout y avoir du bon et du mauvais mais la pêche est en Islande au centre des préoccuaptions, et non un sujet « marginal » et c’est important.

    Adsav a proposé des mesures dans son programme de gouvernemnt. Elles passent par la mise en place d’une politique de la mer, moins de gigantisme et davantage de respect de l’environnement, l’extension des eaux territoriales, des garde-cotes nationaux, des usines de transformation près des lieux de dé barquement (mesures 131-142), ainsi qu’une aide aux petites structures. comme dans beaucoup de domaines, la qualité plutôt que la quantité. Les usines sur mer qui détruisent l’Océan et emploient une main d’eouvre importée sont néfastes

    http://adsav.org/pdf/programm-gouvernement-breton-adsav.pdf

    Comme ce programme date de quelques année, j’ai demandé leur avis aux professionels de la question pour mettre notre position à jour

  • gwezenn

    « Maintient des emplois et respect des ressources » tout le problème est là, à pêcher de façon industrielle avec des radars et des filets énormes…les pêcheurs n’ont-il pas eux-mêmes créer leur perte ? la demande en poissonnerie est-elle en rapport avec les millier de tonnes de poissons pêchés chaque année ? aujourd’hui la plupart des poissons consommés proviennent d’élevages : par choix ou par obligation ? pour ce qui est de votre question la France se moque complètement de l’avenir des pêcheurs bretons, ça fait des années que tout est planifié pour faire disparaitre à petit feux le secteur de la pêche. Quelles seraient les mesures prises par ADSAV! pour justement combiner les emplois de la pêche avec – et c’est vital – le respect des ressources ???