La Martinique n’est ni la Guadeloupe, ni la Bretagne

Frederig Ar BouderAlors que la Martinique pourrait se prononcer par referendum sur son autonomie se pose la question des conséquences éventuelles pour la Bretagne d’un « oui » ou d’un « non » Martiniquais. Il y a quelques mois un mouvement à la fois social et populaire embrasait l’archipel de la Guadeloupe. En comparaison, la Martinique resta plutôt calme. Ceci n’est pas bien surprenant. Des deux territoires, la Martinique est de loin le plus francisé, le moins frondeur, celui où, pour reprendre l’expression d’Aimé Césaire « le génocide par substitution » est le plus avancé. La prospérité de l’économie martiniquaise a toujours été très liée à la « Métropole », qu’il s’agisse des débouchés du Rhum ou de la banane, du tourisme, des emplois publics et des transferts financiers. Dans ces conditions, davantage encore que pour les Guadeloupéens, demander aux Martiniquais de faire le choix entre « plus » et « moins » de France revient à leur demander de choisir entre le cœur et le porte-monnaie. En Bretagne, la situation est inverse : l’Etat français nous ponctionne sans trop nous rendre en échange. Demander aux Bretons de faire le choix entre « plus » ou « moins » de France revient à leur demander de prendre le petit risque nécessaire à la sauvegarde de leur intérêt. Ce risque est grossi du fait de l’indigence du débat sur l’indépendance qui évite ou dénature la discussion, quand on ne cherche pas tout simplement à discréditer, caricaturer et calomnier les porteurs du projet indépendantiste.

L’Etat français, s’il désirait donner davantage de pouvoir aux Martiniquais, aux Bretons, aux Guadeloupéens ou aux Corses pourrait le faire par le même moyen que celui employé pour leur ôter ces libertés: par voie constitutionnelle et législative. Soumettre ce genre de sujet à un référendum d’initiative présidentielle met en balance la légitimité du peuple et celle du chef de l’Etat français. Je ne doute pas qu’en bon président gaulliste Nicolas Sárközy en tire les conséquences. Si les Martiniquais choisissent le cœur plutôt que le porte-monnaie le Président des Français en sortira grandi : il lui appartiendra alors d’en tirer les conséquences pour tous les peuples embastillés. S’il est battu, comme le Général de Gaulle dans le cas du référendum de 1969 sur la décentralisation, le Président de la république française devra logiquement s’en aller.

Il appartiendra dans tous les cas de figure aux Bretons de faire valoir leurs droits car ce sont eux qui doivent d’abord s’affirmer comme maîtres de leur destin. Ni hon unan !

Frederig ar Bouder,
Pennrener Adsav! Strollad Pobl Vreizh

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