REFLEXIONS D’UN LECTEUR SUR LA REEDITION de « LA BATAILLE DE KERGUIDU » de Lan INISAN

Adsav Bataille Kerguidu

Aucun esprit tant soit peu critique  ne peut nier l’existence d’une  chape de plomb sur  le monde universitaire, au profit exclusif  de l’idéologie   dominante. Ce fait  ne mériterait pas un rappel,  si deux universitaires  du Centre de Recherche Bretonne et Celtique  de l’U.B.O de Brest,  n’avaient cédé à cette pratique du verrouillage, à l’occasion de  la dernière réédition du livre  « LA BATAILLE DE KERGUIDU- EMGANN KERGIDU» de  Dom Lan INISAN.

Notons tout d’abord que  cet ouvrage mythique  rédigé en langue bretonne, connut un succès considérable à la fin du XIXème siècle. Paru en 1877,  à la faveur  d’une souscription organisée  par « FEIZ HA BREIZ » puis réédité en 1902, « EMGANN KERGIDU » relate  les combats de la chouannerie dans le haut-Léon, à partir  de témoignages oraux et de consultations  d’archives.

Dans le cas présent, nos deux universitaires  utilisent  de façon classique la « présentation » et la « Postface », pour blâmer sinon amoindrir  fortement   le contenu de  l’œuvre majeure de Lan INISAN. Qu’on en juge :

L’ouvrage en version bilingue  débute  par une « Présentation » du traducteur Yves LE BERRE, forte de 18 pages, qui a toutes les apparences d’une grille  de lecture, à forts barreaux. S’agissant d’un roman  dont la prose  limpide émane d’un conteur hors-pair,  on peut déjà  s’interroger sur son utilité. Après avoir  concédé quelques  points positifs  pour  apparaître  magnanime, notre  bon Yves  narre les défauts de l’œuvre, en termes touchants : «  leçons de morale incessantes, sectarisme naïf, royalisme légitimiste désuet, patriotisme breton ingénu, catholicisme social ». Il poursuit en dénonçant l’objectif  de l’auteur de ce «  bric-à-brac narratif », qui est de  « de mettre la jeunesse bretonne des campagnes bretonnantes en garde contre l’arrivée au pouvoir d’hommes politiques qui se réclament de la Révolution ». Position aberrante, en effet,  au  vu des splendides « acquis » dont on savoure  avec délice, aujourd’hui, les conséquences  directes. Enfin, il termine son propos  en annonçant que  «  l’oralité d’EMGANN KERGIDU est un trompe-l’œil » et qualifie cette  prose « pleine d’invraisemblances, de clichés et de naïvetés ». Nous voilà avertis !  Mais alors, pourquoi le traduire  et le rééditer ?

Et, pour ceux qui se  seraient laissé  séduire par le récit, le lecteur est gratifié d’une postface (de 23 pages)  d’Anne de MATHAN, maitre de conférences à l’Université de Bretagne occidentale et connue  pour avoir animé le   Comité de soutien  au Maire PS de Brest. Aussi  vindicative  et de même couleur idéologique que son confrère, elle  ne se prive pas d’un  dénigrement systématique de l’auteur et de l’œuvre. Pour elle, « Lan INISAN compose un sermon vengeur, à l’usage d’âmes simples » (évidemment). C’est aussi  une œuvre dont  « la source est frelatée par des postulats politiques ». Heureusement, rien de tel avec nos manuels d’ « Histoire de France » exempts, comme chacun le sait, du moindre ferment  idéologique. Pour Madame MATHAN, il s’agit là d’ « une tentative de fabrication d’une mémoire »  à l’intention  de « ces Bretons de papier, entêtés dans leur fidélité religieuse et monarchique ». Après une énième dénonciation  « d’un fanatisme religieux et politique au service de la fabrication d’une mémoire réactionnaire », notre Maitre de conférences  conclut sur une note d’espoir, « afin qu’un jour l’histoire l’emporte sur la  douloureuse mémoire »  et produise… « la mémoire apaisée d’un pays réconcilié avec lui-même »… Du grand comique, on en conviendra, pour qui connaît le milieu enseignant et sa propension  maladive à traquer, avec sa hargne coutumière et sa suffisance inégalée, le moindre propos non conforme à sa vision totalitaire.

Dès lors, pourquoi   de telles mises en garde à propos d’un travail de traduction malgré tout remarquable, et quel besoin avons-nous d’être guidés ou tenus par la main, si ce n’est pour maintenir en l’état cette chape de plomb ?

Mais peut-on s’étonner de voir   des professeurs d’universités assurer la propagande du Régime en place quand, par leur statut, ils dépendent de l’Etat pour les  carrières, les affectations et les honneurs ? La neutralité, l’objectivité ….du vent!   Comme le révéla, en son temps(1905) le Ministre  franc-maçon de l’Instruction publique   René VIVIANI « : « Il est temps de dire que la neutralité n’a jamais été qu’un mensonge diplomatique et une tartufferie de circonstance. Nous l’invoquions pour endormir les scrupules des timorés. Nous n’avons jamais eu d’autre dessein que de faire une université antireligieuse de façon active, militante, belliqueuse ». Or, ce mensonge d’Etat  est, aujourd’hui encore,  savamment entretenu par le  réseau maçonnique de domination installé au cœur du système jacobin.

Fortes de cette  sémantique  trompeuse, nos universités poursuivent en toute quiétude,  leur travail d’endoctrinement des « élites ». Elles façonnent  les consciences  par un enseignement s’appuyant sur les doctrines du déracinement (Kantisme, marxisme, freudisme, existentialisme….) et  sur  les valeurs  cosmopolites et matérialistes. Et la finalité reste toujours la même : La réalisation du   vieux rêve messianique  d’un  monde unifié sous l’autorité d’un gouvernement mondial,  aux mains d’une caste de financiers.

Par ailleurs, si   l’enseignement supérieur est tenu solidement  en laisse, d’autres secteurs sont   visés, pour assurer la pérennité de la « Pensée  Unique »  dans le domaine littéraire.

Ainsi, la politique partisane menée par les maisons d’éditions, où la quasi-majorité des auteurs  se vautrent dans le mondialisme, le vivre-ensemble, pour cracher leur venin  sur tout ce qui  a trait  aux   traditions, à  l’identité, aux  valeurs morales et à  l’ordre naturel. Aucune prose n’est épargnée.  Ni mêmes ces  « Mémoires »  relatant  l’époque  où la foi religieuse  intense  était  un marqueur profond de l’identité bretonne…  A cet égard, les  auteurs « laïcards » et internationalistes de tous poils  y sont légion,  et ceux  qu’affectionnent  les  « âmes simples » selon le qualificatif  d’Anne de MATHAN, sont… aux oubliettes.

Cependant,  en dépit de  ces quelques exemples de   mainmise  sur les vecteurs  de  diffusion  du savoir,  en dépit  de l’arsenal de lois liberticides orientées contre le nationalisme et l’enracinement,  rien n’est joué !

Bien au contraire… le quotidien tragique  auquel nos peuples européens  font désormais face, transforme  déjà  les mentalités et les discours.  Le réel  dissipe peu à peu  les niaiseries philosophiques et les « valeurs de la république »  s’acheminent  doucement  mais surement  vers   les poubelles de l’histoire.

C’est pour nous, Bretons,  la promesse  de  nouvelles opportunités pour notre devenir collectif, car les situations de crise ont le redoutable avantage de rendre réalisable ce qui, la veille encore, était impensable.       

 

JAKEZ GWILLOU 

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