« BREIZ ATAO ! » de Sébastien CARNEY…Un point de vue français !

Favorable ou non aux Nationalistes bretons, le livre « BREIZ  ATAO ! » de Sébastien CARNEY se devait d’être évoqué, s’agissant d’une présentation biographique des chefs nationalistes ayant incarné la cause nationale bretonne, dans la période 1919- 1945.

Publié aux Presses Universitaires de Rennes, sous le titre «  Breiz Atao ! Mordrel, Delaporte, Lainé, Fouéré : une mystique nationale (1901-1948) », ce pavé de 600 pages, agrémenté d’illustrations parfois inédites ne pouvait d’ailleurs, que susciter l’intérêt. Un intérêt d’autant plus vif que la vigilante Françoise MORVAN avait sur son blog, en date du 22 février, blâmé Sébastien CARNEY de vouloir banaliser et normaliser l’idéologie de BREIZ  ATAO !  Accusation fondée ou pas, c’était pour nous, l’indice d’une saine lecture en perspective, car cet oiseau-là, au plumage de corbeau, est connu pour exécrer toute manifestation de bretonnité.

De prime abord, l’intérêt indéniable de ce livre porte sur l’abondance des sources consultées par l’auteur (presse militante, compte-rendu de procès, correspondance privée, archives personnelles, écrits non publiés …etc.) dont de nombreux fragments sont ici, rassemblés. Outre un aperçu des grands moments du PAB et PNB, nous avons là, à notre portée, des citations parues dans « Breiz Atao », « L’Heure Bretonne » et «  Stur »  dont la teneur au regard de la presse actuelle montre combien la liberté de penser s’est réduite comme une peau de chagrin. Au nom de la liberté (abstraite), bien entendu !  

Cependant, le lecteur doté de quelques connaissances, se gardera de suivre notre auteur sur certains points :

En premier lieu, celui du nombre de soldats Bretons morts à la guerre, qu’il estime non à 240 000 mais à 132 082. Chiffre imposé par les autorités françaises et repris de façon complaisante par ses porte-voix en Bretagne…Mieux vaut en effet, ne pas courroucer le Maître ! Dans le même registre, quand il soutient que « Les Bretons ont fait la guerre parce qu’ils étaient devenus avant tout Français »…Non, Monsieur CARNEY, l’écrasante majorité ne l’a faite que contrainte et forcée. A l’instar des troupes coloniales qui, du reste,   devaient se sentir dès plus concernées par un conflit strictement européen, opposant les soldats de la demi-mondaine à ceux du Kaiser.

En second lieu, celui de ne voir dans l’EMSAV que l’expression locale d’une nébuleuse de groupes « non-conformistes »  et  « personnalistes » au cours des années vingt et trente. Affirmant que «  Ce personnalisme local se baptisait lui-même « EMSAO »  pour se donner une apparence spécifiquement bretonne, alors qu’il n’était que le prolongement d’un vaste courant de pensée européen ».  Il fallait oser ! Donc, rien de spécifiquement breton ? Rien que le produit de cette  époque ? Ce que dément l’historique de l’EMSAV qui, né au XIXème siècle sous ce vocable, traduit en fait une réalité pluriséculaire à savoir  le mouvement national de résistance depuis l’anschluss de 1532.

En troisième lieu, celui d’accréditer la thèse (française) d’un désintérêt général à l’égard du mouvement breton, et d’un rejet instinctif à l’encontre du PNB qu’il déduit hâtivement de son caractère minoritaire. En l’espèce, c’est faire fi de la progression notable des effectifs de ce parti, de sa presse, en dépit de  l’hostilité de l’Administration de Vichy, de celle du clergé, de l’interdiction de ses réunions publiques et des attentats contre ses membres. Tout aussi tendancieux, de sa part, de considérer comme négligeables les remarquables progrès dans le domaine culturel (unification de la langue, multiplication des cercles celtiques, cours d’histoire de Bretagne, cours facultatif de breton dans les écoles, création de l’Institut Celtique…) recevant le soutien de la majorité de la population.

En quatrième  lieu, quand CARNEY pratique allègrement le deux poids – deux mesures à propos de la guerre révolutionnaire sévissant sur la période 1943 – 1944. Si les actions répressives du Bezenn PERROT sont savamment rappelées, en revanche aucune ligne n’évoque le long cortège d’assassinats, de tortures, de viols, de braquages ou d’incendies de fermes perpétrés par les partisans rouges. Pas un mot sur la terreur exercée dans le milieu rural. Aucune allusion sur l’ampleur de la répression sanglante ayant frappé les autonomistes. Pour connaître la réalité des faits, il faut lire les ouvrages d’Yves MERVIN  publiés à compte d’auteur.

Enfin, Il est une figure marquante oublié dans cet exposé : celle de Fransez  DEBAUVAIS dont le rôle prépondérant à la tête de BREIZ ATAO et au sein du PNB ne peut être ignoré. Pour y remédier, il faut s’orienter vers d’autres sources, tel l’ouvrage «  Fransez DEBAUVAIS de Breiz Atao et les siens » que lui a consacré son épouse Anna YOUENOU, sur compte d’auteur, là-aussi.

Difficile, dès lors, de classer notre auteur parmi les  amis de la cause nationale bretonne, quand son ouvrage fourmille de petites phrases assassines du début à la fin, du genre : «  Les nationalistes bretons ont agi par idéologie ou par intérêt »; « Le vide du discours est comblé par une propagande effrénée » etc. Où quand il nous impose son diagnostic, en guise de conclusion, sur la personnalité intime des quatre leaders : « Cherchant désespérément à grandir, ils ont conçu une haine de soi …» ; « Leur engagement politique et la Bretagne qu’ils ont dessinée furent la projection de leur mal-être, une thérapie individuelle »…

Malgré tout et au risque de déplaire à la coterie universitaire, la lecture de l’ouvrage de Sébastien CARNEY ne peut que renforcer le bien-fondé de la réappropriation du combat de ces quatre chefs nationalistes, par les générations actuelles et futures.

Car, à l’opposé des incorrigibles adeptes du parisianisme, nos quatre dirigeants ont symbolisé, en leur temps, la Bretagne en action. Ils ont consacré corps et âme, l’essentiel de leur vie à leurs idéaux. Un dévouement hors normes, qui n’a souffert d’aucune concession  et encore moins de reniement. Ils ont été de plume et d’action, des militants, non des philosophes en chambre. Notre reconnaissance entière leur est acquise, car ils ont su  réveiller le sentiment national, qui sommeillait au sein du peuple breton.

Voilà ce que nous retiendrons des biographies croisées de ces quatre éveilleurs de peuple.

 Jakez  GWILLOU

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