La Marianne d’aujourd’hui sera la femme voilée de demain

Les élections présidentielles hexagonales se rapprochent et, sans surprise, la presse parisienne devient la caisse de résonance des petites phrases des candidats, déclarés ou non. En soi, ce théâtre d’ombres n’offre aucun intérêt : le système étatique français, vermoulu et rongé par la corruption, n’est pas davantage en mesure de se réformer que l’URSS en son temps.

Cependant, alors qu’ils tentent de rallier les derniers naïfs pour donner l’illusion d’un semblant de mobilisation populaire, certains d’entre eux doivent consentir à traiter de sujets qui traverse la société civile. Cette même société civile qui est précisément écartée des centres de décision.

L’actuel président français, François Hollande, s’est ainsi livré à une sortie soigneusement mise en scène pour coller à la question de la fracture culturelle, ethnique et religieuse qui frappe l’Hexagone. Le journal L’Express le cite (lire ici) :

« J’ai trouvé que c’était une complaisance à l’égard de l’électorat du Front [National, NDLR] – ça, c’était un calcul électoral -, mais c’était surtout penser que les Français devaient se déterminer par rapport à ces questions-là [religieuses, NDLR] Alors que chacun sait que ce n’est pas la conception de la laïcité, reprend-il. Je pense que, le sujet, il est par rapport aux Français : qu’est-ce qui fait que nous sommes, en France, même si nous habitons des territoires différents, liés par quelque chose qui nous dépasse? » […]

Il ose une formule choc: « La femme voilée d’aujourd’hui sera la Marianne de demain… parce que, développe-t-il, d’une certaine façon, si on arrive à lui offrir les conditions pour son épanouissement, elle se libérera de son voile et deviendra une Française, tout en étant religieuse si elle veut l’être, capable de porter un idéal. Finalement, quel est le pari que l’on fait? C’est que cette femme préférera la liberté à l’asservissement. Que le voile peut être pour elle une protection, mais que demain elle n’en aura pas besoin pour être rassurée sur sa présence dans la société.

Le sujet existe, mais il ne peut pas être un thème fédérateur pour la gauche. La gauche ne peut pas gagner sur le thème de l’identité, mais elle peut perdre sur le thème de l’identité. »

A cette interrogation de l’actuel président français – « qu’est-ce qui fait que nous sommes, en France, même si nous habitons des territoires différents, liés par quelque chose qui nous dépasse ? » – nous répondrons assez simplement par une déclaration d’un ancien premier ministre socialiste, Michel Rocard, à l’adresse de l’ambassadeur des États-Unis, M. Craig Stapleton :

« La France s’est construite sur la destruction de cinq cultures : les cultures bretonne, occitane, alsacienne, corse, flamande … La France est une création militaire, faite de nations non homogènes. »

En d’autres termes, ce qui rassemble ces « territoires différents » et, aujourd’hui, des groupes ethniques et religieux profondément hétérogènes, c’est la coercition étatique menée par le gouvernement de Paris.

Alors que l’immigration extra-européenne modifie en profondeur le socle ethno-confessionnel de l’Hexagone, la question de ce qui fonde la nature et l’identité de la France s’intensifie un peu plus chaque jour. Et cette crise existentielle, latente dès l’origine, revient hanter les hiérarques du système politique français.

Dans ce débat, la gauche hexagonale incarne le cœur nucléaire de « l’idéologie française » moderne, c’est-à-dire celle de l’égalitarisme autoritaire imposé par un centre à nos périphéries. Lorsque François Hollande déclare que « la gauche ne peut pas gagner sur le thème de l’identité, mais elle peut perdre sur le thème de l’identité », il acte de ce que l’égalitarisme – principe fondateur de la révolution française – fait face à son déclin historique.

La gauche hexagonale, force motrice de la révolution jacobine et de ses divers rejetons depuis plus de deux siècles, ne peut en effet admettre le principe identitaire qui récuse ses abstractions et ruine la légitimité de l’état qui en procède.

Face à la question de l’immigration musulmane, le chef de l’État Français ne peut que brandir les vieilles marmites de la créolisation « républicaine » issue de 1793. En cela, rien ne le distingue des autres chefs de factions en France : tous évoluent sur le mode du salmigondis pluriethnique que coifferait un état d’inspiration mystique. La grande machine à sarcler les différences, niveler, détruire pour produire le « métissage citoyen, laïc et obligatoire ».

Hollande comprend l’islam comme le catholicisme : une superstition cocasse et arriérée qui, comme le yoga ou le culte de l’oignon, doit être limitée aux lectures nocturnes si le cœur en dit aux faibles d’esprit. Pour ce qui est du domaine étatique, le régime républicain se chargera de gommer, au fil du temps, les aspérités de ce culte d’importation. Du moins le croit-il.

Cette incapacité à comprendre – et à admettre – le fait culturel dans ce qu’il a de naturel et d’irréductible chez les groupes humains constitue la marque la plus tenace de l’esprit révolutionnaire français.

Mais là où François Hollande commet une erreur, c’est lorsqu’il affirme que « la femme voilée d’aujourd’hui sera la Marianne de demain ». En réalité, c’est la gueuse de demain qui sera la femme voilée d’aujourd’hui. Marianne, la prostituée célébrée par les égorgeurs de 1793, aura troqué ses défroques pour celles du niqab de l’épouse d’un djihadiste coupeur de tête. Une conclusion somme toute logique. Comme nous l’avons toujours dit : Robespierre finira en boubou.

Et puisque nous en sommes aux conclusions d’évidence, ajoutons-y la notre : l’indépendance retrouvée de la Bretagne, protégée de ce virus infernal car consciente d’elle-même et sûre de sa force. Et d’abord spirituelle.

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