GOUEL AN ANAON

La mort rôde partout sous la forme effrayante de l'Ankou.

La mort rôde partout sous la forme effrayante de l'Ankou.

Cette fête qui est célébrée chez les Catholiques, le lendemain de la Toussaint, le 2 novembre, est fondée sur l’idée que les âmes mortes en état de péché véniel voient leurs souffrances allégées par la prière des vivants et le sacrifice de la messe. C’est le « mois noir » (miz du, novembre) que l’Eglise a choisi pour songer aux morts et prier pour eux. Le soir de la Toussaint, on venait s’agenouiller sur la tombe de ses parents défunts, remplir d’eau bénite le creux de leur pierre funèbre. Puis avait lieu un office religieux. Les cloches ne cessaient de tinter durant toute la nuit et parfois, à l’issue des vêpres, avait lieu une procession aux flambeaux autour du cimetière au cours de laquelle le recteur bénissait chaque tombe. Dans chaque maison le repas restait servi pour les défunts et le feu du foyer restait allumé pour qu’ils puissent s’y réchauffer. Lorsqu’on se mettait au lit, on entendait à la porte retentir des chants funèbres, ceux des trépassés qui empruntaient la voix des pauvres de la paroisse demandant des prières pour les défunts et des aumônes pour eux-mêmes. Si la prière pour les âmes du purgatoire est parfaitement orthodoxe, l’importance et les formes revêtues autrefois en Bretagne par la liturgie du Jour des morts, et par le culte des morts en général, ne peuvent que surprendre. Bien que ces considérations soient formellement condamnées par les historiens, beaucoup d’auteurs des deux derniers siècles, et spécialement celui de la « Légende de la mort », Anatole Le Braz, voient dans cette fascination qu’on éprouvait naguère en Bretagne pour l’autre monde, l’héritage de conceptions propres aux peuples celtes. L’ancienne poésie épique d’Irlande a conservé certains des détails contenus dans cette narration, sans qu’on puisse cependant identifier formellement l’idyllique « terre des jeunes » (tîr nan ôg) à l' »orbis alius » de Lucain ou à la Bretagne de Procope, ni ses habitants, les « sidhe » (fées) avec des mortels défunts. Les filles de cette « terre agréable » y attirent parfois des héros qui s’y rendent pour quelque temps avant de revenir chez eux. D’autres traditions irlandaises mêlent ce monde et l’autre-monde. Dans d’autres récits les morts revenants se confondent avec les « sidhe » et les remplacent peu à peu, tout en gardant l’essentiel de leurs caractéristiques : ils habitent des lieux souterrains qu’ils quittent périodiquement, en particulier le 1er novembre, jour appelé « Samain ». La nuit de Samain, les morts participent aux réjouissances des fées, boivent dans leurs coupes, dansent avec elles… Cette antique curiosité des Celtes pour les problèmes de la mort s’était conservée jusqu’au siècle dernier en Bretagne où l’on a vu apparaître de somptueux monuments funéraires avec des ossuaires souvent plus beaux que les églises, agrémentés de motifs sculpturaux parmi lesquels figure en bonne place le valet de la mort, l' »Ankou ». Alors qu’on s’efforçait ailleurs, par mesure d’hygiène, d’éloigner des villages les cimetières, en Bretagne, cela était regardé comme des profanations et ceux-ci occupent en général le centre de la bourgade, au milieu des vivants. Les contes et légendes collectés par A. Le Braz, montrent, que malgré les efforts des missions, les Bretons ont admis difficilement la notion d’éternité de peines, surtout prononcées par un Dieu infiniment bon. Le présent chant, montre des âmes du purgatoire qui viennent adresser leurs demandes de prières aux vivants. Elles sont donc dans un monde intermédiaire encore rattaché au nôtre pour un certain temps. C’est à ces défunts encore liés à l’univers qu’ils ont quitté que s’applique ce concept d’Anaon.

Anv Tad, ar Mab hag ar Spered Glan !
Yec’hed mad d’eoc’h, tud an ti-mañ,
Yec’hed mad d’eoc’h war bouez hor penn,
Deuet omp d’ho lakaad er bedenn.

Pa sko ar Maro war an nor,
Stok er c’halonoù ar c’hrenn-mor,
Da doull an nor pa zeu ‘r Maro,
Piv gant ar maro a yelo ?

Hogen, na vezit ket souezhet,
Da doull ho tor mar d’eomp degouezhet :
Jezuz e-neus on degaset
D’ho tihunañ mar d’eoc’h-c’hwi kousket …

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